Le Pérou a traversé de nombreux bouleversements au cours de son histoire républicaine, une période complexe profondément marquée par des conflits internes, des guerres avec ses voisins et de longues phases d'instabilité politique. L'une des étapes les plus tragiques et structurantes de son histoire moderne demeure la guerre du Pacifique (1879-1883), un conflit majeur qui opposa le Pérou (allié à la Bolivie) au Chili.
En 1879, la guerre du Pacifique éclata à cause des tensions croissantes autour de l'exploitation des mines de salpêtre dans le désert d'Atacama, une région particulièrement riche en ressources naturelles mais âprement contestée entre les trois pays. Le Chili, bénéficiant d'une armée et d'une marine bien mieux préparées militairement, infligea une défaite humiliante au Pérou et à la Bolivie, allant jusqu'à occuper militairement la capitale, Lima, pendant plusieurs années. En 1883, la signature du traité d'Ancón officialisa la défaite : il scella la perte définitive pour le Pérou de la riche région de Tarapacá et la mainmise totale du Chili sur les mines de salpêtre, ce qui affecta très gravement et durablement l'économie péruvienne.
Après les meurtrissures de la guerre du Pacifique, le Pérou fut engagé dans d'autres conflits frontaliers, cette fois-ci au nord. En 1941, un vieux différend territorial éclata avec l'Équateur, aboutissant rapidement à une guerre ouverte. Le traité de Rio de Janeiro, signé sous la pression internationale en 1942, permit au Pérou de prendre officiellement le contrôle de la partie nord du fleuve Marañón. Cependant, cette décision imposée fut vivement contestée par l'Équateur, et des tensions frontalières continuèrent à hanter les relations diplomatiques entre les deux pays pendant plusieurs décennies. En 1995, un ultime conflit armé éclatera d'ailleurs dans la région, la guerre du Cenepa, nécessitant l'intervention urgente de la communauté internationale pour éviter une guerre à grande échelle et aboutissant enfin à la paix définitive en 1998.
Les années 1960 virent l’émergence de mouvements révolutionnaires au Pérou, fortement inspirés par le succès de la révolution cubaine. En 1965, l'Armée de Libération Nationale, un groupe guérillero directement influencé par l'idéologie communiste, tenta de prendre le pouvoir par la force. Leur tentative échoua rapidement face à l'armée régulière, mais elle marqua le début d'une nouvelle ère d’instabilité politique et sociale.
Dans les années 1980, la situation s'aggrava de façon dramatique avec l’apparition de nouvelles guérillas extrêmement meurtrières. Le Sentier Lumineux (Sendero Luminoso), un mouvement d'inspiration maoïste sectaire, mena une violente campagne de terrorisme, d'assassinats ciblés et de sabotages contre l'État. Le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) participa également à cette vague de violence inouïe. Ces groupes semèrent la terreur absolue, en particulier dans les zones rurales andines où les paysans se retrouvèrent pris entre deux feux. La répression gouvernementale qui s'ensuivit fut d'une brutalité aveugle, exacerbant encore davantage les tensions sociales et causant de graves violations des droits de l'homme. On estime que ce conflit armé interne a fait près de 70 000 victimes et disparus.
En 1990, Alberto Fujimori, un ingénieur agronome d'origine japonaise inconnu du grand public, remporta à la surprise générale les élections présidentielles face au célèbre écrivain Mario Vargas Llosa. Son mandat fut d'abord marqué par un traitement de choc (le "Fujishock") pour endiguer l'hyperinflation, une politique d’austérité économique sévère, et une lutte sans merci contre les groupes terroristes. En 1992, la capture historique du chef du Sentier Lumineux, Abimael Guzmán, représenta un tournant décisif et un immense soulagement national dans la lutte contre les guérillas, même si la violence n’avait pas alors totalement disparu.
En avril 1995, fort de ce bilan sécuritaire, Fujimori fut triomphalement réélu avec une majorité écrasante de 64,42 % des voix, battant Javier Pérez de Cuéllar, l'ancien secrétaire général des Nations Unies. Malgré sa popularité indéniable pour avoir rétabli une certaine stabilité macroéconomique, son gouvernement fut de plus en plus critiqué pour sa dérive autoritaire (initiée par son "auto-coup d'État" de 1992 fermant le Congrès) et ses graves violations des droits de l'homme. La corruption systémique au sommet de l'État devint également un sujet de préoccupation croissante.
En 2000, la situation politique péruvienne s’aggrava et devint intenable lorsque des scandales de corruption massifs éclatèrent au grand jour. Les "Vladi-vidéos" impliquèrent directement Fujimori et son sulfureux conseiller de confiance, Vladimiro Montesinos, filmé en train de corrompre élus et journalistes. La pression populaire et internationale força Fujimori à fuir au Japon, d'où il démissionna par fax. Son départ brutal ouvrit une période de transition politique très difficile, marquée par la recherche urgente de réformes démocratiques.
Depuis la chute du régime fujimoriste, le Pérou a connu une période de relative stabilité politique et d'alternance démocratique, bien que des défis économiques et sociaux importants persistent. La croissance économique spectaculaire des années 2000 et 2010, principalement soutenue par l'exportation mondiale de ressources naturelles comme le cuivre et le zinc, a permis une réduction progressive et mesurable de la pauvreté. Cependant, l'inégalité sociale béante et la marginalisation historique des populations indigènes et rurales continuent d'être des sujets de forte tension dans le pays.
Les gouvernements successifs ont dû constamment jongler de manière précaire entre la gestion lucrative des ressources naturelles et la protection de l'environnement. Les méga-projets miniers situés dans les régions andines ont ainsi souvent provoqué de graves conflits sociaux entre les communautés locales, qui défendent leurs terres et leur eau, et l'État central.
La corruption endémique reste un problème majeur et dévastateur au Pérou. L'onde de choc du scandale continental Lava Jato (Odebrecht) en est la parfaite illustration, comme en témoigne l'incarcération préventive ou la mise en cause judiciaire de presque tous les anciens présidents récents pour des affaires de pots-de-vin colossaux et de détournements de fonds. Malgré ce climat de méfiance politique, le pays continue de s'efforcer de renforcer ses institutions démocratiques, de réformer son système judiciaire et d'attirer des investissements étrangers, tout en luttant contre la pauvreté et les inégalités structurelles.
Le Pérou d’aujourd’hui est un pays en pleine mutation, confronté aux défis colossaux de la modernisation mondiale tout en étant viscéralement attaché à ses racines culturelles et historiques. L'instabilité politique de la fin du XXe siècle a laissé place à une ère de réformes, mais les tensions économiques et sociales demeurent vives. Néanmoins, fort de la résilience de son peuple, le Pérou continue d'avancer avec détermination vers un avenir plus prospère, tout en cherchant à préserver son riche patrimoine historique et culturel.